Des protestataires mettent le feu à des poubelles dans le centre de Tirana, le 14 octobre 2026 ( AFP / Adnan Beci )
Manifestants et policiers se sont affrontés mercredi à Tirana, où plusieurs incendies ont été déclenchés au cours d'une deuxième journée consécutive de violences à la suite de rassemblements d'étudiants qui réclament la démission du Premier ministre albanais Edi Rama.
Des heures durant, les unités antiémeutes ont fait usage de canons à eau et de gaz lacrymogène pour tenter, en vain, de repousser la foule, forte de plusieurs centaines de personnes, tandis que des protestataires ont pris pour cible les bureaux du chef du gouvernement, deux ministères et des commerces, cassant des vitrines.
La nuit précédente, d'importants dégâts avaient été infligés à des immeubles gouvernementaux et une dizaine de personnes avaient été arrêtées, avait annoncé la police, selon laquelle des individus étaient entrés de force dans la mairie, avaient mis le feu à l'intérieur et endommagé d'autres bâtiments.
Ministères attaqués
Mercredi, les manifestants ont lancé des projectiles — en particulier des pavés et des cocktails Molotov —, incendié des poubelles et érigé des barricades le long d'une artère du centre de la capitale albanaise, près du ministère de l'Education, ont constaté des journalistes de l'AFP.
Ces derniers ont vu deux personnes lancer des fumigènes à l'intérieur du bâtiment abritant ce ministère.
Peu après, une épaisse fumée noire s'est échappée d'une fenêtre, puis les pompiers sont intervenus, étouffant rapidement les flammes.
Des protestataires s'en sont également pris au ministère des Finances, enfonçant des portes. Certains y ont même brièvement pénétré.
Repoussés par la police, ils se sont ensuite dirigés vers les bureaux du Premier ministre, en direction desquels ils ont jeté des pierres. Elles aussi visées, les forces de l'ordre ont riposté à l'aide de canons à eau.
Mardi, des centaines de personnes s'étaient retrouvées devant le ministère de l'Education pour exiger la démission d'Edi Rama et une aide plus importante aux étudiants. Les forces de l'ordre avaient procédé à seize interpellations.
Un protestataire jette une brique sur la police à Tirana, le 14 octobre 2026 ( AFP / Adnan Beci )
La police a déclaré que ses agents avaient été confrontés ce jour-là à une "violence constante" et avaient été la cible de jets de pierres, d'objets contondants, de pétards et de cocktails Molotov de la part de groupes d'individus masqués.
Huit manifestants, six policiers, trois journalistes et deux passants ont reçu mardi des soins médicaux, notamment en raison du gaz lacrymogène, a assuré le ministère de la Santé.
Appels au calme
Mercredi, un groupe d'hommes a été aperçu à proximité du ministère de l'Education en train de briser les vitres d'une agence bancaire avant d'y mettre le feu à des documents. Un sinistre maîtrisé avec célérité, ont dit les autorités.
Les flammes ont par ailleurs ravagé ce qui semblait être un bâtiment désaffecté, tandis que des manifestants détruisaient les vitrines de magasins voisins.
La police avait appelé au calme mais l'atmosphère est restée lourde tout au long de l'après-midi.
L'Union européenne, que l'Albanie aspire à rejoindre, a quant à elle fait part de sa préoccupation.
Un canon à eau de la police en action contre des manifestants à Tirana, le 14 octobre 2026 ( AFP / Adnan Beci )
"Nous prenons acte des allégations de recours excessif à la violence par la police à l'encontre de manifestants et de journalistes", a déclaré la délégation de l'UE à Tirana. Exhortant à une enquête, elle a encouragé "toutes les parties à faire retomber la tension".
Ces violences font suite à plus de quatre mois de manifestations antigouvernementales dans ce petit pays des Balkans déclenchées par un projet d'hôtel de luxe dans une réserve naturelle côtière, lié à Ivanka, une des deux filles de Donald Trump, et à son mari, Jared Kushner.
Ce projet a attisé la colère face à des soupçons de corruption et à un manque de transparence.
Les étudiants ont relayé ces revendications, tout en expliquant que le rassemblement de mardi visait à dénoncer les conditions dans les universités, les frais de scolarité et le manque de soutien apporté à la jeunesse.

0 commentaire
Vous devez être membre pour ajouter un commentaire.
Vous êtes déjà membre ? Connectez-vous
Pas encore membre ? Devenez membre gratuitement
Signaler le commentaire
Fermer